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Saga Bardou – ép.6 : Le grand Charles

L
e meilleur pour la fin diront certains, le plus capé assurément. Pour clore notre saga sur l’incroyable famille Bardou, et sans pour autant que cela porte ombrage aux autres membres, voici le plus célèbre de la tribu : Charles.
Manageur des Shooting Clubs de l’homme d’affaires Benjamin Tranchant, et quintuple champion du monde de tir à l’arme sportive de chasse, il est sans conteste l’un des plus grands tireurs français ayant jamais foulé les pas de tir du monde entier.

À cette heure, Charles ne compte pas moins de 5 titres individuels de champion du monde ! Son premier concerne le titre de Parcours de chasse catégorie junior en 2000. Les 4 autres ont été obtenus en Compak Sporting, catégorie senior en 2005, 2007, 2017 et 2019. 

Charles vise toujours haut, comme ici en 2007 en remportant le titre mondial en Compak Sporting Senior.

Ne manque à Charles Bardou, vice-champion du monde individuel de 2011, qu’une future couronne mondiale de Parcours de chasse, ce qui ne manquera sûrement pas d’arriver. Pour atteindre cet objectif, le champion conjugue la sophrologie à un entraînement raisonné au tir (voir vidéo du bilan de la saison 2021 de Charles).

UN CHAMPION DES BARRAGES

Le 19 juin dernier, Charles enrichit son palmarès en remportant de haute lutte un nouveau titre de champion d’Europe de Compak Sporting à Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne. « Le dernier des quatre jours de la compétition, j’ai terminé à 199/200 à égalité avec l’Espagnol Martinez. Lors du barrage, d’une difficulté assez relevée, j’ai terminé à 24/25 tandis qu’il faisait 20 », raconte-t-il.

En effet, tout au long de sa carrière sportive, notre champion s’est montré particulièrement performant en barrages. Son frère David, lui aussi grand champion de ball-trap, parle de véritables corps à corps où ne compte plus l’aspect stratégique ou technique, mais seulement la farouche volonté de vaincre des finalistes. David lui-même en fit les frais lors d’un championnat de France de calibre 20, tandis que Charles utilisait un calibre 28.

NAISSANCE D’UN CHAMPION

Charles est le 27 février 1982 en Touraine, soit 10 ans après son frère David qui lui sert toujours d’exemple

Après un bac pro commerce obtenu à Saint Vincent de Paul à Tours, Charles poursuit des études commerciales en passant un BTS force de vente, dont il garde un bon souvenir : « C’était très bien, du fait de l’alternance entre les 15 jours à l’école, et 15 jours en entreprise. » À cette époque, il s’est déjà constitué un sérieux palmarès en compétition dans les catégories cadet et junior, ce qui lui vaut d’avoir déjà un sponsor HUMBERT-BERETTA. C’est dans cette société qu’il effectue sa première expérience professionnelle

Au tout début des années 2000, BERETTA l’engage définitivement comme commercial, où il restera une dizaine d’années. D’ailleurs, Charles confie souvent son goût pour le commerce, et s’il n’avait connu une carrière de sportif de haut niveau et de responsable de clubs de ball-trap il aurait certainement poursuivi dans cette voie.

PARCOURS DE CHASSE INITIATIQUE

« L’enfant est le père de l’homme », a-t-on coutume de dire. Aussi, retournons en Indre-et-Loire pour retrouver ses racines. Là-bas, le tir et l’initiation à la chasse ont commencé très tôt pour Charles. À peine âgé de 5 ans il est initié à la 4,5 mm à comprimé par Didier son père, tireur de haut niveau et chasseur passionné, et son frère David, au début d’une carrière prometteuse de tireur sportif. Martine, leur mère, se souvient de ses irruptions dans la maison tenant en trophée quelques plumes de piafs à la main, en criant « je l’ai eu ! »

Le petit Charles était le porte-carnier de son frère David (à droite).

Puis avec la 9 mm, l’initiation se poursuit. C’est l’époque des premiers garennes culbutés à la course, après que Didier ait soulevé les tôles de la butte sous lesquelles ils se remisaient. Charles, ignorait encore leur avatar de « rabbit » au ball-trap.
« Avec David, revenus de l’école, nous jetions aussitôt nos cartables, les devoirs attendraient notre retour du tas de bois, le mémorable abri de nos passées aux vanneaux, aux pluviers », rappelle-t-il aussi. De fait la chasse, mais surtout le tir, deviennent une véritable religion pour Charles.

Charles et ses cadeaux de première communion.

MON FRÈRE, CE HÉROS

Ces premières émotions au côté de son frère ont sans doute forgé chez Charles l’instinct de la compétition, même si, selon leurs parents Martine et Didier, entre les deux frères il n’y a jamais eu qu’une saine concurrence, sans jamais la moindre jalousie.

D’ailleurs, Charles constate : « La compétition m’a plu tout de suite, je suis d’ailleurs plus tireur de ball-trap que chasseur. Chez David, c’est l’inverse. » Pourtant, « Si mon goût du ball-trap vient de papa, David m’a non seulement donné l’envie de la compétition, mais surtout, il m’a permis d’y réussir. »
De fait, David, plus âgé mais également champion de ball-trap, armurier de formation et commercial pour le distributeur d’articles de chasse RIVOLIER, est devenu tout naturellement le coach de son jeune frère. Il lui faisait bénéficier, avec leur décennie d’écart, de son expérience du haut niveau, de la chasse, et le mettait en garde contre les erreurs qu’il avait pu commettre. Dans le monde du tir, on entend parfois que David est peut être encore techniquement meilleur que Charles, la différence se faisant sur le mental, particulièrement en barrage.


LEUR TERRAIN DE JEU

Mais, si Charles reconnaît avoir pu profiter de l’expérience de son frère, encore fallait-il pouvoir bénéficier de la proximité d’un ball-trap pour y appliquer ses préceptes. Grâce au rachat à du stand des Bruyères de Tours à Tauxigny (37) par leur parents en 1993 – voir Saga Bardou – Ep.2, les deux frères jouissent d’un incomparable terrain d’entraînement.
« On tirait ensemble. Nous prenions trois caisses de cartouches et on bombardait comme des malades. On se motivait sur des trucs de débiles en se disant qu’ensuite, en compétition, les plateaux allaient nous paraître faciles. »

Le podium du stand des Bruyères de Tours aujourd’hui. Sur la plus haute marche on reconnaît Hugo, le fils de Charles.

JAMAIS SANS MON FRÈRE

Pour autant, il y a un monde entre l’entraînement et le haut niveau. À la fin des années 90, quand Charles a 15 ans, et David 25 ans, les choses sérieuses commencent véritablement avec ‘’l’Everest’’ de la compétition. L’aîné emmène son cadet sur tous les stands, « il m’engueulait, il me faisait pleurer ! » se souvient Charles. On connaît aujourd’hui le résultat. L’apport psychologique offert par David à Charles s’est révélé décisif.

LES POINTS D’ORGUE DE SON PALMARÈS

Si l’on ne compte plus ses titres nationaux, certaines de ses dates internationales possèdent une saveur particulière pour Charles :

Champion du monde de Compak Sporting en Hongrie en 2019.

Par exemple : en 1998, cette année-là, Charles et David sont tous les deux pour la première fois en équipe de France à Vilamoura au Portugal. Charles est en équipe de France junior, David en senior.

Cette même année 1998, Charles devient vice-champion du monde junior de parcours de chasse à Dallas. Même titre en 1999.
L’année suivante, il deviendra en 2000 champion du monde junior de parcours de chasse.
En senior, Charles Bardou a remporté 4 fois le titre suprême de champion du monde de Compack Sporting en 2005, 2007, 2017 et 2019.

LA RENCONTRE

En 2008, l’homme d’affaires Benjamin Tranchant et Charles Bardou se rencontrent sur une planche de tir du championnat de France de Parcours de chasse à Poussan (Hérault). Pendant la compétition, leur unique échange se limite en la simple civilité d’un « bonjour » quotidien. Le dernier jour du championnat de France, l’histoire aurait pu s’arrêter là si Benjamin Tranchant n’avait pas, sur un ton humoristique, posé à Charles cette question : « Vous avez l’air de ne pas trop mal tirer. Donnez-vous des cours de tir ? » Rappelons qu’à ce moment-là, Charles détient déjà, depuis 2007, deux titres individuels de champion du monde de Compak Sporting.

Les deux hommes se revoient rapidement pour quelques séances de tir. Charles nous cite la phrase culte : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi », pour exprimer la relation professionnelle, puis amicale, qui vient de naître entre eux.

Charles Bardou et Benjamin Tranchant (à droite), lors de la remise des prix de l’Euro Shooting Cash 2017.
Crédit photo : Bernard Proust

LE PARI

Un beau jour de 2009, Benjamin Tranchant propose à Charles d’associer ses compétences à ce qui n’est encore qu’un projet : le futur Paris Shooting Club. Club. Charles connaît très bien ce milieu, avec un père président d’un club associatif (Les Bruyères de Tours), et un frère aux palmarès flatteur. Il a déjà travaillé chez BERETTA une dizaine d’années, connaît bien les armes à feu et les cartouches, sans parler de la compétition qu’il pratique assidûment, et avec quel succès !

De gauche à droite, Charles Bardou, Benjamin Tranchant, Ben Husthwaite, un champion anglais, et Alain Gendreau, grand tireur et représentant de PERAZZI en France.
Crédit photo : Bernard Proust

Si Charles répond favorablement à la proposition, toutefois une chose l’ennuie. Il est en effet très attaché à sa Touraine natale, et le fait de devoir vivre en région parisienne ne l’enthousiasme pas. « En plus, je considérais que la forte communauté des chasseurs de la région Centre et de la Sologne représentait un vivier pour un futur balltrap », se souvient Charles. Alors, Benjamin propose le pari suivant : « Nous construirons le Shooting Club initial, là où le premier d’entre nous deux trouvera un terrain… » C’est Benjamin qui l’emporte. Ainsi, dans la grande tradition des shootings grounds anglais, le Paris Shooting Club voit le jour sous le parrainage d’Olivier Dassault avant que celui de Chaumont-sur-Tharonne ne sorte de terre, et que Charles n’en devienne le manageur

Benjamin Tranchant, fondateur des Shooting Clubs, Olivier Dassault leur parrain, et Charles Bardou leur manageur, lors de l’inauguration du Paris Shooting Club en 2011.

CHARLES, RESPONSABLE DES SHOOTING CLUBS

Par la suite, Charles formera de nombreux tireurs au Paris Shooting Club, à commencer par son fils Hugo. En 2013, deux ans et demi après l’inauguration, Charles recrute Frédéric Ferré pour le remplacer.
En d
éménageant au Sologne Shooting Club, Charles assouvit le vœu de se rapprocher de sa famille tourangelle. Mais surtout, Benjamin Tranchant charge Charles, devenu le responsable de tous les Shooting Clubs, de bâtir le ball-trap de Courgenou sur le modèle de son grand frère parisien. D’autres suivront.

Aujourd’hui, Charles devant le Sologne Shooting Club.

En 2022, l’actualité de Charles toujours aussi dense. Avec notamment l’organisation d’évènements internationaux tels que les Euro Shooting Cash ou l’English Shooting Cash (malheureusement annulé), qui rassemblent la fine fleur mondiale des Parcours de chasse et Compak Sporting, s’affrontant pour des gains conséquents (60 000 € mis en jeu lors de ces compétitions). Et bien sûr, la conquête de ce titre de champion du monde de parcours de chasse, manquant encore à son palmarès, reste d’une brûlante actualité.

HUGO, LE BOSS

Mais, Charles n’est pas qu’un champion professionnel, il est également un père et a à cœur d’assurer la relève, avec son fils aîné Hugo.

Charles prodiguant des conseils à Hugo, lors du dernier Euro Shooting Cash.

L’affaire semble d’ailleurs en très bonne voie. La preuve : il y a peu, au stand Clays Shooting dans le Pas-de-Calais s’est produit un évènement rarissime. Si Hugo a réussi ce jour-là le premier « 25 » de sa jeune carrière, l’ensemble de sa « planche » composée de son père, Charles, son oncle David et de Maxime Morin, ont tous obtenu en même temps le score de 25 ! (Voir photo)

La saga se poursuit, et il est certain que dans les décennies à venir, les pas de tir résonneront du nom d’Hugo Bardou et de ses exploits. Les plus grands surveillent déjà ses progrès. 

Charles et Hugo, le présent et l’avenir. 

LES SHOOTING CLUBS, L’INVENTION D’UN NOUVEAU STANDARD


Le Paris Shooting Club, plus qu’un club, ce cercle « unique en son genre », entend-on souvent, est né dans l’esprit originel des shooting grounds anglais de la fin du XIXe siècle, ces lieux où l’on enseignait le maniement des armes. En ce sens, cent plus tard, il est l’héritier de l’école de chasse Gastinne-Renette, ouverte en 1909 à Issy-les-Moulineaux. Charles tient à préciser le point suivant : « Le concept de club privé du Paris Shooting n’implique en aucune façon une sélection de ses membres par l’argent, mais uniquement par son système de parrainage. » Tous les autres Shooting Clubs étant absolument libres d’accès aux chasseurs ou licenciés en règle. 

En effet, après le Paris Shooting Club d’autres ont suivi : le Sologne Shooting Club à Courgenou, d’abord, là où Charles Bardou officie aujourd’hui, puis le Chêne Rond Shooting Club, le Nîmes Shooting Club. Un nouveau genre de stand de tir a émergé. Incontestablement, la naissance des Shooting Clubs a donné un nouvel élan à nombre de stands de ball-trap en les obligeant à renouveler leur standard, à se tirer vers le haut.

Charles aux couleurs du Sologne Shooting Club.

Prenons l’exemple de l’utilisation d’un matériau écologique comme le bois, exacerbé par les Shooting Clubs. On le retrouve désormais chez nombre de concurrents, pour porter et dissimuler les lanceurs, accueillir, voire surélever les tireurs comme à la Plateforme de Courgenou, recueillir les étuis vides ou bien encore aménager les abords des bâtiments. Si Charles Bardou a toute latitude pour disposer et tracer les parcours ; il se souvient encore de cette phrase prononcée par Benjamin Tranchant : « C’est à nous d’harmoniser nos balltraps avec la nature. »

Les lanceurs ceints de bois du Nîmes Shooting Club.