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Redouté braque allemand

C
hien extrêmement populaire dans nos chasses au petit gibier, le braque allemand en dépit d’un succès indéniable pâtit paradoxalement d’une réputation souvent peu flatteuse.

 

Le braque allemand ! A l’énoncé de son seul nom, il ne suscite que sainte admiration ou … un tonnerre de critiques. Ses fervents admirateurs louent sa puissance, sa polyvalence, sa résistance, sa passion de la chasse. A rebours, ses détracteurs critiquent son regard froid avec ses yeux jaunâtres en amande qui dénotent, selon eux, une force souvent incontrôlable… Bref, ce serait une brute. Des telles appréciations peuvent surprendre pour ce chien qui reste, en France, le deuxième chien continental derrière l’inoxydable épagneul breton avec près de 1500 naissances en 2020.

Doté d’une grande puissance pour ses admirateurs, d’une réelle brutalité pour ces détracteurs.

Doté d’une grande puissance pour ses admirateurs, d’une réelle brutalité pour ces détracteurs.

Comment peut-on expliquer des jugements aussi entiers ? Sans doute parce que le braque allemand est pour une bonne part un « incompris », dans la mesure où, souvent ces chasseurs méfiants ont oublié les origines de ce chien, et les raisons pour lesquels il a été sélectionné dans la deuxième moitié du XIXème siècle. S’il est sans doute le fruit d’autres braques (espagnols notamment), ce sont les Allemands qui ont voulu mettre au point une race spécifique de Jagdgebrauchshund qui peut se traduire, selon Gilles Tournier dans son excellent livre sur le sujet (Editions du Gerfaut), par « chien d’arrêt polyvalent et non chien polyvalent qui arrête à l’occasion ».

Bahia

Le braque allemand bien que très polyvalent est avant tout un chien d’arrêt.

C’est en fait le symbole de la conception germanique de la chasse, aussi efficace en plaine pour arrêter la plume comme le poil, capable de broussailler, de mener le grand gibier, d’effectuer une recherche au sang ; sans négliger l’étranglement de fauves, et une fonction de chien de défense. Cette volonté de « fabriquer » un chien « omniscient » s’explique par une raison historique. A la différence de la France qui a développé le chien courant grâce à la vénerie, l’Allemagne, où la chasse à tir est prépondérante, a voulu mettre au point ce braque à tout faire et à bien faire.

Germain Shorthaired

Chien très rustique, il est l’aise sur tout terrain.

Si les premiers sujets étaient lourds et pesants, ils ont été très vite croisés, dès la fin du XIXème siècle, et très officiellement avec des pointers pour améliorer leur nez et leur vitesse. Notre braque s’affine… Avant-guerre, pour cause, notamment, d’antigermanisme, il n’est guère utilisé en France. En fait, ce n’est qu’à la fin des années cinquante qu’il essaimera d’abord dans les départements de l’Est.

Hunting Dog

Venu d’Outre-Rhin, il va conquérir la France dès les années 50, d’abord dans les départements de l’Est.

Las. Les années quatre-vingt sont celles des critiques.  On lui reproche d’être trop nerveux, de galoper comme un pointer… Exagération de ceux qui ne savent pas utiliser ce chien ? Peut-être, mais il n’y a pas que cela. Car comme dans d’autres races, notre braque n’a pas échappé à l’évolution des fields trials, ou plutôt à ses déviations. Ces concours, donc ce mode de sélection, ont contraint les chiens à aller de plus en plus vite, sans doute au détriment des qualités propres à notre braque. A la clé  de nouvelles et malheureuses retrempes de pointer. Au bout du compte, chez certains sujets, une perte de certaines aptitudes comme le pistage ou le mordant.

German Shorthaired

Indéniablement le braque allemand dégage une forte impression de puissance.

Que les chasseurs se rassurent ! Le « vrai » braque allemand existe toujours, plus chez ceux qui ont davantage de sang allemand, plus charpenté, à la quête plus lente. Il peut être ce chien polyvalent pour celui qui rabat dans les battues de grands animaux, qui chasse des terrains durs… Et son caractère ? De l’avis des spécialistes, il n’est pas besoin de passer « en force ». Il n’en demeure pas moins qu’il demande une certaine fermeté… Une fois dressé, le chasseur devra entretenir ce dressage sous peine que le « naturel » du braque ne reprenne le dessus, ne serait-ce qu’en raison de la puissance qu’il dégage et de son immense passion pour la chasse.

Photos : Jours de chasse, Gilles de Valicourt

Pour tous renseignements : www.braque-allemand.fr