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Près de Rouen, des faisans à la moutarde !

S
ur le plateau Est de Rouen, un jeune agriculteur et son grand père nous ont accueillis pour nous mitonner une sympathique chasse au petit gibier, au goût de moutarde.

C’est à l’heure du café que Nicolas Beaurain nous a conviés pour une après-midi de chasse. Une demi-journée et une poignée de cartouches suffiront en effet amplement pour clôturer la saison et inscrire cinq ou six faisans au tableau, la perdrix étant déjà fermée. Dans la cour de ferme, il accueille sa vingtaine d’amis sous un soleil radieux qui procure une sensation de douce chaleur sur les visages.

OBJECTIF JOLIS COUPS DE FUSIL

Les consignes sont simples, nous tirerons quelques coqs faisans et quand Nicolas le jugera, il sonnera le cessez-le-feu. Les oiseaux seront tirés très haut ou derrière pour ne pas risquer des tirs dangereux. Le but est de réaliser quelques jolis coups de fusils sur des oiseaux volants hauts ou ayant été bien « travaillés » par les chiens, non de tirer le premier faisan vu.


DES AMBASSADEURS DE NOTRE MODE DE VIE

Parmi les consignes sécuritaires, Nicolas insiste sur la retenue qu’il importe d’avoir à proximité des habitations. En effet les lotissements récents, qui poussent dans ces communes proches de la métropole rouennaise, accueillent de nouveaux habitants qu’il est de bon ton de ne pas heurter par une grêle de grenaille retombant sur leur toit. Le jeune agriculteur entretient de très bonnes relations avec le voisinage et entend que cela dure. De toute façon, il en va de l’image collective des chasseurs, et Nicolas a bien conscience que nous sommes tous des ambassadeurs de notre mode de vie.


LE FAISAN, UN EXCELLENT COMMUNICANT !

Chemin faisant, il m’explique justement que le faisan est un formidable vecteur de communication, et qu’il peut être un trait d’union entre des mondes qui souvent s’ignorent. Les habitants des pavillons sont agréablement surpris d’observer régulièrement ces oiseaux colorés dans leurs jardins, et associent à ces agréables spectacles l’action positive des chasseurs. Nicolas explique que la présence de ces beaux oiseaux a été un moyen de nouer contact avec certaines personnes, et ainsi de pouvoir aborder le sujet de la chasse, et parfois répondre à des interrogations, lever certaines craintes.

UN GIBIER ABONDANT

Finalement, il n’y a pas meilleure image de la chasse que la vision d’un gibier abondant. Justement, alors que nous progressons sur un chemin enherbé pour nous placer sur le front de la première traque, deux compagnies de perdreaux s’envolent en bordure d’une pâture et, comme s’ils savaient qu’ils ne risquent rien aujourd’hui, se reposent une centaine de mètres devant nous en lisière d’un épais roncier jouxtant l’herbage.

Un lièvre furtif se dégîte du colza que nous longeons. Alors que nous observons une perdrix isolée fuir la traque, un coup de trompe retentit.

MOUTARDE À LA TRUFFE

Les chiens sont lâchés et commencent à fouler cette haute moutarde dont les petites touches de couleur jaune flattent nos regards, mais pas leur odorat. Les fragrances entêtantes de la moutarde altèrent les effluves du gibier et contraignent les chiens à broussailler plutôt qu’à bien travailler les voies. Mais les setters, braques, épagneuls, munsterlanders et autres fox font leur office, et les oiseaux s’envolent avec une belle régularité.


UNE BELLE ACTION DE CHASSE

Perdrix grises et poules faisanes survolent les chasseurs mais, comme souvent, les coqs plus rétifs à l’essor, se laissent désirer. Finalement, l’un d’eux jaillit de l’engrais vert, pour filer haut et droit sur fond de ciel bleu vers la ligne. Un coup de fusil claque et coupe proprement le fil de la vie de l’oiseau de Phase. Une belle action de chasse !


EN RÈGLE

Rapporté de manière tout aussi académique par un munsterlander, Nicolas s’empresse d’apposer un bracelet autocollant sur la patte de l’oiseau dans le respect du plan de chasse.

DE GRAND-PÈRE EN PETIT-FILS

Après un conciliabule avec son grand père, il nous indique le chemin de la pièce de moutarde dont nous allons tenter de déloger quelques oiseaux. On sent toute la complicité qu’il y a entre ces hommes que deux générations séparent, mais que la chasse rassemble. Son père n’étant pas chasseur, c’est André, son grand-père maternel qui, dès son plus jeune âge, lui a inculqué cette connaissance empirique et instinctive de la nature. Ineffables savoirs que seul un contact quotidien avec la terre peut nous apporter.

SEULEMENT DES POULES

Tout à ces considérations sur le sens de la vie, nous approchons de la seconde pièce de moutarde. Les protagonistes semblent obéir à une routine et, sans palabres, chacun prend sa place pour parfaitement fermer le carré. Quelques poules s’envolent, mais aucun coup de fusil ne résonne. Nicolas suppose que nous chassons un peu tard et que la plupart des oiseaux ont déjà rejoint leurs remises vespérales, bosquets de-ci de-là, et jardins du village. Mais, il reste serein et nous laisse supposer qu’il a gardé le meilleur pour la traque finale.


LE MEILLEUR POUR LA FIN

Avant de fouler la troisième et ultime pièce de moutarde, les traqueurs et leurs chiens vont effectuer un rapproché pour tenter de rabattre des oiseaux dans ce champs. Nicolas, afin de contrôler la manœuvre, avance en même temps que les traqueurs sur leur aile droite, mais à distance.


Rapidement, des dizaines de faisans, dont enfin quelques coqs, s’envolent et vont, comme attendu, se reposer dans la pièce de moutarde. Des perdrix prennent la même direction laissant espérer à notre hôte qu’elles se remisent dans la moutarde et que nous puissions les relever pour les observer franchissant la ligne des fusils, juste pour la beauté du spectacle.

DES AGRAINOIRS BIEN REMPLIS

Nous passons à côté d’agrainoirs que Nicolas et son grand père veillent scrupuleusement à maintenir remplis. Et Nicolas est très attaché à ces actions bénéfiques pour ce qu’il est désormais convenu d’appeler la biodiversité. Agriculteur autant que chasseur, il est bien confronté au dénigrement dont fait régulièrement les frais cette profession.

Il est donc très sensible au fait de démontrer qu’un agriculteur chasseur, par ses aménagements, détient certaines clefs pour préserver à la fois des impératifs de production et le maintien voire la reconquête de milieux agricoles accueillants pour la faune et la flore. Aussi, l’exploitation d’une centaine d’hectares, majoritairement de céréales et de colza, se fait dans le souci constant de préserver, ici un chemin enherbé, là de restaurer un bout de haie, ou ici encore de conserver voire de replanter un arbre.

UN AGRICULTEUR QUI SÈME SE DOIT DE RÉCOLTER

Mais, un agriculteur qui sème, se doit à un moment de récolter. Un superbe coq filant droit sur nous en donne l’occasion à Nicolas, qui, d’un magistral coup de fusil, fait lourdement chuter sa récolte dans le colza. Nous ne retrouvons pas immédiatement l’oiseau, et afin de ne pas faire échouer la manœuvre, il décide de revenir après avec les chiens.


COQS ET RENARD

Cette ultime et dernière traque est aussi animée que la précédente fut calme, et parmi des poules par dizaines, six coqs rebondiront sur la glaise normande, ainsi qu’un renard qui agrémentera ce joli tableau de son panache roux. Ce tir épargnera de surcroît quelques poules reproductrices avant le printemps.


UN ARRÊT À PATRON

Reste à retrouver le coq de Nicolas. Avec l’appui d’un setter anglais et d’un braque allemand, nous reprenons la pièce de colza vent dans le nez pour que les chiens puissent percevoir le sentiment du coq, manifestement raide mort. L’heureuse issue ne tarde pas, et nous offre la vision magnifique d’un arrêt, le braque patronnant, la tête posée sur la nuque du setter. Une image de complicité pas toujours évidente entre chiens d’arrêt concurrents.

Ainsi, comme une éclaircie au sein d’une saison grisâtre, s’achève une journée de chasse lumineuse et haute en couleurs.

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