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L’Imposture antispéciste, d’Ariane Nicolas

E
n France comme à l’étranger, les intellectuels sont de plus en plus nombreux à examiner les fondements de ce délire d’intransigeance morale qu’est l’antispécisme. Journaliste indépendante, dotée d’une belle plume, claire et incisive, Ariane Nicolas est de ceux-là. Avec un sens maîtrisé de l’art de la critique, elle démonte, dans ce premier essai, les soubassements pseudo-philosophiques de l’«imposture antispéciste», une imposture qui doit beaucoup, notamment, au théoricien australien Peter Singer, l’auteur de La Libération animale (1975), bréviaire adulé par un pan important de la constellation animaliste moderne.

Principalement au sein de l’histoire de la pensée occidentale, Ariane Nicolas explore l’évolution du rapport homme/animal, et montre comment, au cours des dernières décennies, le légitime souci à l’égard de celui-ci s’est progressivement mué en antihumanisme, ne reculant devant aucune absurdité ou malhonnêteté pour faire de la radicalité un passage obligé vers la véritable libération des animaux, êtres ‘‘sensibles’’ et pourtant victimes d’une « discrimination » institutionnellement et culturellement organisée, analogue à celle qui prévaut dans les discours racistes, sexistes, etc. Bien plus : l’obsession des antispécistes à l’endroit de la souffrance est, explique Ariane Nicolas, un « allié objectif » des tenants du transhumanisme, lesquels préparent aujourd’hui, au moyen d’une technologie dépourvue de garde-fou, l’avènement d’une post-humanité qui aura bientôt vaincu la mort, la douleur, la finitude en somme – détruisant, ainsi, quelque chose d’essentiel dans l’ordre même du vivant.

Un bémol cependant, concernant les toutes dernières pages de l’ouvrage, rédigées, semble-t-il, à la hâte. Afin de dépasser le cadre de l’antispécisme, l’auteur y propose des pistes de réflexion en faveur d’« une éthique de l’attention » à inventer ; parmi elles, se trouvent énoncées quelques interdictions – disons – souhaitables à ses yeux, eu égard aux animaux d’élevage, domestiques, etc. Ainsi lit-on par exemple, s’agissant de la chasse : « Interdire la chasse le dimanche ainsi que la chasse d’animaux introduits artificiellement (comme les perdrix et les faisans) ; restreindre le nombre d’espèces autorisées à être chassées en fonction de la densité des populations animales. » Soit trois ‘‘idées’’ tombées du ciel comme autant de cheveux sur la soupe, extrêmement critiquables en soi, et qui contrastent avec le sérieux – bien réel – du reste du livre.

Vincent Piednoir pour Jours de chasse.

Desclée de Brouwer, 270 pages, 17,90 €.