Rubriques du mag

Eric Briano : la transmission de l’excellence

A l’établi de l’armurerie Briano, un jeune armurier, Marc Servant, a mis ses pas dans les pas du maître des lieux. Désormais, à Montrouge, de ses mains naissent des rêves de carabines à répétition.

Eric Briano est diplômé de la célèbre école d’armurerie Léon Mignon à Liège. Après avoir effectué ses classes auprès de signatures prestigieuses comme celle d’Henri Dumoulin, en 1983, il ouvre sa propre armurerie à Montrouge (Hauts-de-Seine). La mise en œuvre de son projet repose alors sur la fabrication et la commercialisation de carabines à répétition estampillées Briano, et assemblées autour d’un boîtier Mauser 98.

Quelques exemples de superbes réalisations de l’armurerie Briano.

Carabine sur-mesure

Il y a une quarantaine d’années, à une époque où la France découvrait le tir à balle du grand gibier, l’idée semblait judicieuse. Ainsi, dès l’ouverture de la boutique, Eric Briano constatera une demande importante de carabines, mais à destination de la chasse…en Afrique. « Il y a encore une quinzaine d’années les carabines africaines ont même représenté jusqu’à 80 % de la demande ; aujourd’hui c’est moins de 5% », constate-t-il. Heureusement, le carnet de commandes reste bien garni. Parce que, les armes pour chasser en Europe ont remplacé les puissants calibres africains. « En ce moment, les traditionnels 7×64 et 9,3×62 sont parmi les plus prisés ; avec une forte demande pour le .270 Winchester. » On imagine alors cette évolution du marché correspondre à un changement du type de chasse pratiqué par les clients d’origine de l’armurerie. Mais, « il n’en n’est rien », nous détrompe Éric à notre étonnement. Et, même si l’armurerie Briano a équipé en carabine jusqu’à trois générations d’une même famille ; aujourd’hui la majorité des acheteurs sont nouveaux. « Notre clientèle est de plus en plus portée vers la carabine de luxe, sur-mesure », ajoute Marc Servant le jeune et talentueux armurier engagé chez Briano en 2009.

70 euros de l’heure

Depuis le fond au premier plan: les trois étapes de la mise à bois. Reste le quadrillage du noyer, « s’il est bien fait on le remarque à peine; s’il est raté, c’est la catastrophe! »

En revanche, depuis douze ans, la ‘’brigade’’ demeure la même autour d’Éric, le chef : elle se compose de Jean-Christophe, l’amoureux des armes anciennes, et de Marc. Disons-le, même si le moment n’est pas encore venu pour Éric de lui ‘’transmettre le fouet’’, le maître d’équipage a d’ores et déjà adoubé Marc comme successeur. Désormais, il est même autonome dans la fonction qui fit la réputation d’Éric Briano. C’est-à-dire que Marc maîtrise complètement la fabrication sur-mesure d’une carabine, depuis A jusqu’à Z. Cette lettre représente l’ultime étape, celle du quadrillage du noyer. Le volume de production est d’une douzaine de carabines par an, soit une par mois. Quant au délai, il se situe entre 12 et 18 mois, selon les options, avec un prix de base de 5000 euros. Une option peut par exemple consister en une crosse démontable, très prisée ; un levier particulier ; une gravure… Et ici, le tarif est totalement transparent, avec l’heure facturée 70 euros : une carabine à 7000 euros correspond donc à 100 heures de travail. Pas de mauvaise surprise à l’arrivée.

A son tour Marc transmet à Oscar le savoir qu’il a reçu. A gauche sur la photo, Oscar en stage à l’armurerie Briano. Il est élève en troisième année de l’école d’armurerie de Liège.

La fabrication d’une carabine ? Cela peut paraître l’enfance de l’art. Chacune s’articule autour d’un boîtier Mauser 98 de fabrication FN Herstal ou Mayfer Engineering, en guise de trait d’union du canon Lothar Walter et de la monture en noyer ; le tout rehaussé du zest d’une détente directe Recknagel.

La recette paraît simple, et beaucoup d’armuriers l’ont essayée pensant y puiser des revenus garantis. Bien peu ont réussi. Car, « fabriquer une carabine autour d’un boîtier Mauser, n’est pas une chose impossible. Certains sont même capables de le faire dès l’école d’armurerie. Mais la grande difficulté repose dans la ‘’répétabilité’’. C’est-à-dire être capable d’accepter de repartir de zéro à chaque nouvelle fabrication. ‘’Vingt fois sur le métier remettre son ouvrage’’… avec en ligne de mire, la quête perpétuelle de tutoyer l’excellence. » Marc convainc, il impressionne même, lorsque l’on observe sa chorégraphie bien huilée, jonglant entre ses trois machines-outils fétiches : la perceuse à colonne, son tour et la fraiseuse.

Avant de quitter l’armurerie Briano, en manœuvrant la culasse de l’une de ses carabines, intérieurement surgissent des mots qu’Audiard aurait pu mettre dans la bouche d’Éric Briano : « Marc a une main en or…la paluche raphaëlienne !»

petite biographie de Marc Servant

Marc nous montre la simplicité du système de démontage maison. L’une des options les plus prisées des clients.

Marc a 33 ans. Il est originaire des Yvelines.

Très jeune, il a la passion du travail du métal chevillé au corps ; dès l’âge de 8 ans, il fabrique ses premiers couteaux « avec 2 outils, 4 vis et une meule ». La nature, la chasse sont ses autres passions.

Bac économique en poche, il intègre l’école d’armurerie de Rance en Belgique. Là, Marc s’épanouira totalement auprès de son directeur d’étude « un chef d’entreprise charismatique ». Mais aussi des élèves, ses amis Yann – aujourd’hui armurier à Bordeaux -, et Grégory qui lui inoculeront le virus de la trigonométrie via la machine-outil.

Trois ans plus tard, en juin 2009, après avoir obtenu son diplôme d’armurier, il sera recruté par Eric Briano à Montrouge. Celui-ci, lui permettra de parachever sa formation sur la mise à bois et le quadrillage notamment auprès de spécialistes de la carabine comme Hervé Boulay.

Marc Servant fait désormais partie du petit club d’armuriers européens capables de fabriquer sur-mesure, et de A à Z, une carabine à répétition assemblée autour du boîtier Mauser 98.