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L’épagneul breton, le complice DE NOS BILLEBAUDES

C
e petit chien d’arrêt occupe une place à part dans nos cœurs que nous soyons chasseurs, tireurs, veneurs ou simples promeneurs. On loue son intelligence, sa complicité. Puisse-t-il conserver toutes ces qualités
!

Dans le monde cynophile, si le pointer et le setter sont des seigneurs, l’épagneul breton est un complice. Dans l’âme du chasseur, ce petit chien originaire de l’Armorique, à la tête si expressive d’intelligence, de ténacité, occupe une place privilégiée, peut-être la plus grande. Un breton, c’est le compagnon de toute une vie, celui des premières chasses, des jours d’abondance comme des buissons creux. En un mot, c’est le type même du chasseur populaire, au sens noble du terme, à telle enseigne qu’aujourd’hui, on recense plus de 4500 naissances par an (source : Société centrale canine 2020),  juste derrière l’indétrônable setter anglais.

TRÈS POPULAIRE

Notre épagneul est-il sorti, pour autant, grandi de cette popularité ? Personne ne nie que, comme tant d’autres races de chiens de chasse, plus d’un quart de ces épagneuls sont utilisés comme seuls chiens de compagnie, leurs propriétaires appréciant leur taille raisonnable et leur caractère aimable. Qu’il soit détourné de sa fonction, la chasse, au profit de son esthétique, est une chose, mais que ses qualités mêmes de chasseur aient été écornées en est une autre. De nombreux cynégètes regrettent que de nos jours certains sujets n’aient qu’un lointain rapport avec le breton de leur enfance qui chassait sous le fusil, au caractère certes bien trempé mais facile.

CHIENS BRETONS DE PAYS CROISÉS DE SPANIELS ANGLAIS

Qu’en est-il vraiment ? Pour tenter d’y voir un peu plus clair, il faut revenir à ses origines et aux raisons de son succès universel. Ce petit cob* bréviligne** trouve ses origines dans ces chiens bretons de pays, vifs, au poil mi-long et dense, et au fouet écourté. Ces chiens furent d’abord croisés, sans doute bien involontairement, avec des spaniels anglais, appartenant à des anglais qui venaient chasser la bécasse, pêcher le saumon et la truite en Bretagne. De ces unions clandestines naîtra un chien qui forçait l’arrêt au commandement, pistait et rapportait. Pendant longtemps, ces petits chiens seront ignorés, la mode était, alors, aux chiens d’outre-Manche. De fait, des chiens anglais, des setters, « déroberont » avec des épagneuls. Nous sommes vers 1890. Avec cet apport qui lui donnera une plus grande finesse de nez et la fermeté dans l’arrêt, l’épagneul breton, véritable chien d’arrêt, est né. Le Club de cette race sera créé en 1907.

EXPORTÉ SUR TOUS LES CONTINENTS

C’est le début de la gloire. Ses promoteurs s’appelleront Dr Gastel, Joseph Patin, Francis Mège, M. Treuttel, puis après 1914, Emile Bourdon. Au fil des ans, le succès de ce chien « cob », osseux, musclé et sans lourdeur, plein de sang, ne se démentira jamais. Il est exporté sur tous les continents, notamment aux Etats-Unis. Qui peut nier que notre breton concentre bien des qualités ? D’un dressage facile, il excelle sur le poil et la plume, s’adapte à tous les territoires.

A l’époque, son petit gabarit est apprécié car nombre de chasseurs circulaient en train et en bicyclette. Ces qualités ont elles traversé les âges ? Depuis une vingtaine d’années, des chasseurs s’interrogent sur l’épagneul d’aujourd’hui et du physique de certains modèles qui paraissent bien loin des standards et des vrais bretons (trop grands). Ils considèrent que certains sujets vont trop vite et trop loin, qu’ils sont durs à tenir et ne sont guère adaptés à leur mode de chasse avec un style de galop qui n’a plus grand-chose à voir avec celui qu’on attend d’un « cob ». 

LA TENTATION DE LA VITESSE

Car des épagneuls ont été à nouveau « setterisés » plus que de raison. Pourquoi cette tentation d’aller vers la vitesse ? Il faut sans doute y voir les déviations des fields trials (NDLR : Compétitions de chien d’arrêt). Dans ces compétitions, qui permettent de sélectionner les meilleurs chiens depuis des décennies, les chiens ont un quart d’heure pour trouver du gibier, l’arrêter et être jugés. D’où la tentation de produire des chiens qui aillent de plus en plus vite. Or, la chasse n’est, et ne doit pas être une course de vitesse. Comme le dit l’ancien président du Club de l’épagneul breton, Serge Guilbert, « pensons d’abord à la personne qui est derrière. Songeons au mode de chasse que pratiquent les Français. C’est avant tout une chasse devant soi ».

UN CHIEN À LA QUÊTE MODÉRÉE

Il est certain également que la raréfaction du petit gibier sédentaire a été un encouragement à une vitesse accrue. Il est vraisemblable aussi que le chasseur français, guère enclin au dressage soit tenté de juger son chien impossible, donc intenable. Pour autant, il serait injuste de dire que tous les épagneuls sont de cette veine. Le breton d’autrefois se trouve encore, c’est un vrai chien de chasse, de quête modérée. Qu’il ait un nez un peu plus court que d’autres races n’a aucune importance. Pour faire un grand chien de chasse disait Louis Bourdon, un des fils d’Emile*, il faut qu’il ait, dans l’ordre, « l’amour de la chasse, l’intelligence de la chasse et enfin le nez ». Notre breton a sans conteste les deux premières, et de quelle manière !

UN DRESSAGE FERME ET PATIENT

Comme pour toutes les autres races, le futur acquéreur d’un épagneul breton devra observer le sujet tant désiré sur le terrain (s’il s’agit d’un adulte), ou ses parents (s’il s’agit d’un chiot). Même si tout parait parfait, cela ne doit dispenser en aucune manière de le dresser, tout en fermeté et en patience.

Renseignements : www.epagneul-breton.net

*se dit d’un chien dont le profil est inscrit dans un carré

**se dit d’un chien à la silhouette trapue, avec un stop (partie de la tête située en arrière du museau au point où celui-ci rejoint le front et le reste du crâne) très marqué

***cynophile du début du XX° siècle, éleveur d’épagneuls bretons qui créa le chenil de Cornouailles et exporta de premiers sujets vers les Etats-Unis