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La perdrix et les fourmis



I

l parait que pour sauver la planète, il nous faudrait, plutôt que de la viande, manger des insectes. Avant d’en arriver à de tels extrémités, tachons déjà d’en procurer à ceux à qui ils sont réellement vitaux ; les perdreaux.

Si beaucoup d’oiseaux sont granivores, même les plus végans d’entre eux ont un besoin vital de protéines animales dans les premières semaines de leur vie. Ainsi les insecticides sont directement incriminés dans l’effondrement des populations d’oiseaux des champs, mais les méthodes culturales ou les conditions météorologiques du printemps sont aussi déterminantes pour l’abondance d’insectes. Favoriser leur présence ou palier leur absence est donc une action majeure pour espérer observer de belles couvées de perdreaux. Voici quelques astuces à mettre en œuvre dès maintenant pour être au rendez-vous des éclosions.

           Ces petits coléoptères sur une fleur de matricaire sont l’aliment de base des petits perdreaux.

Tas de fumier

Le tas de fumier, sans doute pas la plus poétique des solutions mais une efficacité qui ne se dément pas.

Principe bien connu et assez facile à mettre en œuvre, vous pouvez disposer dès le mois de mai de petits tas de fumier à proximité de chaque agrainoir. Plus ils seront frais, plus ils attireront d’insectes.

Du sucre sous un disque de cover crop

Toutes les fermes recèlent de vieilles ferrailles auxquelles un bon bricoleur saura redonner une nouvelle vie, pour le plus grand bénéfice des perdrix.

Le disque de cover-crop, cet engin agricole de travail du sol, est parfois recyclé par certains chasseurs bricoleurs comme support servant de base à des agrainoirs. En disposant du sucre sous cet objet, on obtient ainsi quasiment une fourmilière sous deux agrainoirs sur trois. Sans refaire des agrainoirs à l’identique, vous pouvez utiliser ces disques (il y en a plein qui rouillent dans les fermes) pour essayer de créer une fourmilière à côté de vos agrainoirs, ou répandre du sucre sous tout objet suffisamment stable que vous pourriez trouver.

Quille de chantier

Un agrainoir pour les parents, et un cône de chantier rempli de matière carnée pour les jeunes, la cuisine idéale de la famille perdrix.

Utilisé pour la première fois il y a une douzaine d’années sur un territoire du Pas-de-Calais, ce système imaginé par le garde aurait permis d’obtenir un excellent succès reproducteur avec 8 jeunes par poules d’été la première année, alors que partout autour la situation était catastrophique. Dérivé du principe de la tête de mouton en décomposition, le procédé consiste à remplir de matière carnée, en l’occurrence des rats musqués piégés par le garde et des déchets de boucherie, des quilles comme celles placées au bord des routes lors des travaux, et les fixer à un support pointe en bas. Le jus qui s’en échappe génère sous la quille un micro-biotope grouillant d’insectes. À implanter près des agrainoirs entre fin mai et mi-août, mais loin des chemins fréquentés.  Les odeurs générées peuvent en effet vite causer quelques soucis de voisinage.

Semons la capucine

Quelques pieds de capucine à proximité des agrainoirs, une solution simple et esthétique pour attirer les pucerons.

La capucine, cette plante qui attire irrésistiblement les pucerons et est donc implantée dans les jardins pour détourner la voracité de ces insectes des plants et semis, est aussi parfois semée à proximité des agrainoirs pour y attirer les pucerons. Outre son aspect esthétique, cette solution présente l’avantage d’éviter les désagréments olfactifs évoqués juste avant.

Dans le panneau jaune

Si Karl Lagerfeld trouvait le jaune moche, les insectes ne sont pas de cet avis et semblent irrésistiblement attirés par cette couleur.

Constatant que les insectes se concentrent sur les objets jaunes, certains aménageurs confectionnent des panneaux de bâche jaune pour attirer les insectes à proximité des agrainoirs fournissant ainsi aux poussins qui suivent leurs parents leur pitance des premiers jours. Vous pouvez aussi utiliser des bidons ou seaux jaunes comme agrainoirs.

De l’aliment pour poussin

Une idée simple mais très efficace, le fast-food des poussins, qu’ils soient volailles ou gibiers.

Bien connu des éleveurs de volailles et aussi de gibiers (particulièrement de faisans), l’aliment connu sous le nom de semoulette est un mélange riche en protéines qui assure aux poussins leurs besoins alimentaires des premières semaines. Ajouté au blé des agrainoirs, à raison de 20% de l’ensemble, il donne selon certains observateurs des résultats remarquables allant jusqu’à doubler le taux de survie des perdreaux. Il existe en fait de multiples produits, mais ceux qui garantissent une composition avec un taux d’insectes important sont vraisemblablement plus adaptés.