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Faisan, le chant du printemps

Dans le petit matin d’avril, un bruit disgracieux résonne. Sorte de couinement de brouette mal graissée s’achevant en un roulement de tambour sur un vieux fût d’huile. C’est le chant du coq faisan, auxquels répondent à la ronde ses congénères, soucieux de marquer leur statut de maître de la place.



Fort du développement de ses populations voulu par les chasseurs, les vocalises du faisan marquent désormais l’arrivée du printemps, comme les premières primevères, une belle pousse de morilles ou la première hirondelle. Pourtant il y a peu encore il était considéré comme un vulgaire oiseau de tir tout juste bon à palier la raréfaction d’autres espèces. Le faisan n’étant de surcroît pas un oiseau originaire de nos contrées, certains considèrent encore aujourd’hui qu’il n’aurait pas sa place dans notre bestiaire.

La recette pour l’implanter

Epargner les poules est une mesure de gestion qui a fait ses preuves

Mais ces dernières décennies, les chasseurs semblent avoir trouvé la recette pour l’acclimater durablement. Des efforts consentis par des éleveurs et notamment un conservatoire des souches de l’OFB ont rendus possibles des implantations ou des renforcements de populations avec des oiseaux robustes et résistants à la prédation. Conduites sur plusieurs saisons, avec comme mesure principale de gestion, l’interdiction du tir pendant trois ans en parallèle d’un contrôle sérieux des prédateurs, puis souvent l’interdiction du tir des poules, ces opérations sont souvent couronnées de succès. On observe désormais des populations très importantes de faisans sauvages, particulièrement dans le centre et le nord du pays, mais le potentiel le plus conséquent se situe dans le Sud-Ouest. La Fédération des chasseurs du Gers l’a bien compris, qui lance une opération inédite d’implantation de l’espèce dans cette région.

Prometteur dans le Sud-Ouest

Avec une période de reproduction qui s’étale d’avril à août l’espèce a un sérieux avantage par rapport aux perdrix.

Le faisan est une espèce qui s’acclimate dans de nombreux biotopes pour peu que le paysage soit diversifié. Il n’est ni un oiseau exclusivement de plaine, ni exclusivement de bois, mais de lisières. Les zones humides, comme la moyenne montagne, lui conviennent aussi. Sa période de reproduction qui s’étale d’avril à août, constitue un avantage, en comparaison de la perdrix grise notamment, dont la reproduction est recentrée sur juin. Les populations de faisans résistent ainsi mieux que les perdrix aux aléas climatiques printaniers. La poule faisane dépose en moyenne une dizaine d’œufs dans un nid à même le sol, qu’elle couve pendant 24 à 25 jours. Les petits, nidifuges, suivront leur mère pendant plusieurs semaines.

Un oiseau asiatique

Le faisan est originaire d’Asie. Les premières introductions sur notre territoire remonteraient à l’Antiquité romaine ce qui tend à relativiser son caractère exogène. Son aire de répartition s’étendait alors du Caucase à l’extrême Orient. Il existe en fait 35 sous-espèces différentes. Certaines présentent des différences de taille ou de plumage assez importantes. Le faisan que l’on connaît chez nous est le fruit du métissage de plusieurs de ces sous-espèces au grès des importations anciennes ou récentes et de la sélection en élevage. Trois de ces sous-espèces sont à l’origine de nos faisans, le faisan du Sud-Caucase, qu’on appelle parfois faisan de Colchide et qui n’a pas de collier blanc, le faisan kirghize appelé parfois, à tort, faisan mongol en raison de son nom scientifique (phasianus colchicus mongolicus), et le faisan chinois de Mandchourie, nommé parfois faisan américain car il a connu un grand succès dans les élevages outre-Atlantique. C’est le fameux petit faisan au dos bleuté.

Un dos bleu signe la sous-espèce que l’on nomme parfois faisan américain.

Trois sous-espèces à l’origine de nos faisans français

Mais quel que soit son génome, le faisan commun est un formidable oiseau de chasse. Il réunit les qualités de piéteur et de vol, qui, quel que soit le mode de chasse pratiqué procurent aux chasseurs beaucoup de satisfactions à le traquer. Dès l’ouverture de la chasse, il offre au chasseur au chien d’arrêt, un gibier remarquable par ses capacités à se défiler longtemps devant le chien. Un vieux coq aguerri pourra occuper le chien une matinée durant avant de se laisser arrêter. Certains esthètes parmi les chasseurs au chien d’arrêt trouvent plus d’intérêt à la traque du faisan qu’à celle de la bécasse, pourtant portée au pinacle de ce mode de chasse.

Certains chasseurs préfèrent le faisan à la bécasse

Plus tard en saison, quand les jeunes oiseaux ont acquis leur plumage définitif, les qualités de vol de ce robuste galliforme offrent aux aficionados des battues des moments d’exception. Si devant soi, en début de saison une cartouche légère chargé de plomb n°7 le cueillera dignement à l’essor, il faut en revanche, quel que soit le calibre, utiliser une grenaille beaucoup plus grosse (le n°4 n’est pas excessif) pour ne pas risquer de blesser un oiseau au plumage épais, et passant souvent haut et vite au-dessus des postés.

Pour cueillir proprement ce joli coq, haut au-dessus de la ligne des fusils, le plomb n°4 n’est pas exagéré.

Il maintient la motivation des chasseurs pour la préservation de nos biotopes

Beau et bon, d’un grand intérêt cynégétique, le faisan a de surcroît une autre qualité, c’est qu’il maintient l’intérêt des chasseurs pour la chasse au petit gibier. Cela les motive à toujours agir pour préserver des biotopes, qui sans cet intérêt seraient sérieusement malmenés par la modernité. Par leurs actions les chasseurs préservent nos paysages et la biodiversité dans son ensemble, ceci dans l’intérêt général. Cette raison suffit à elle seule à promouvoir le développement de ce beau gibier.