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Aménagement d’étang : saoulé par les saulaies !

L’
étang est un atout formidable pour un territoire de chasse, promesse de chasse au gibier d’eau mémorable. Mais également un milieu de vie qu’il convient de soigner. Cas d’école avec un petit étang traditionnel, typique de Sologne.

Architecture

L’idéal est d’avoir une chaussée d’étang en arc de cercle, opposée à la pente. Et le fond creusé de 2 à 3m au plus profond devant la berge, jusqu’à récupérer doucement le niveau du sol. On obtient ainsi une zone large, riche et attirante de quelques cm d’eau à 1m, dont la situation fluctue avec le niveau d’eau, mais toujours présente. C’est bien préférable à un étang dont toute la bordure serait abrupte.

De zéro à un mètre de profondeur se trouve la zone la plus riche.

Envahissement et destruction

Cette zone périphérique idéale est parfois occupée par des saulaies au fur et à mesure des décennies, par la difficulté à intervenir dans l’eau. Ils peuvent se développer de la terre ferme jusqu’à une hauteur d’eau d’un mètre. C’est ce qui s’est passé sur notre exemple. La ceinture occupée par les saules allant s’étendre sur un hectare, soit 30% de la surface totale en eau.

Sur cette photo on perçoit parfaitement l’envahissement de l’étang par la saulaie qui atteint un tiers de la surface d’eau au plus haut. (Sources : Google Maps).

Décision fut prise de les supprimer, par arrachage mécanique. Chose faite en automne. Deuxième saison de végétation après, voici le bilan.


Retour d’espace, de la lumière, d’une flore et d’une faune

Le premier impact négatif d’une saulaie est la couverture totale, empêchant la lumière d’atteindre l’eau, laissant le milieu pauvre et stérile. Aucune végétation autre ne pousse dessous.

Vue ouest de l’étang, avant et après l’arrachage des saules.

Le fait de rétablir cette capacité de photosynthèse rapporte comme par enchantement toute une association végétale spécifique ; ici, potamot, plantain d’eau, lentilles d’eau, scirpes, rubanier d’eau, phragmites, etc. 

Graines de potamot à gauche et plantain et rubanier d’eau à droite.

Potamot et lentilles d’eau à gauche, et scirpe lacustre à droite.

Par ailleurs, cela libère d’emblée l’espace sur l’étang, permettant aux oiseaux d’y accéder plus librement, à découvert. Et accessoirement aux chasseurs d’y progresser plus facilement.


Un habitat privilégié, bénéficiant aux espèces

En libérant les zones de faibles profondeurs d’eau, les plus intéressantes, le développement de la végétation est maximum, et diversifié. Source de nourriture directe et indirecte. En effet, indépendamment des graines appétentes en hiver pour les anatidés comme les sarcelles (lentilles d’eau, scirpe, potamot), ces plantes aquatiques forment surtout une niche pour tout un cortège d’invertébrés (insectes, mollusques, crustacés, larves…) dont se régalent les canards, en priorité pendant la belle saison.

Au premier plan un colvert et au second une cane de fuligule milouin et sa progéniture.

Pour preuve, fuligules milouin et morillon, sont désormais observés sur l’étang et y nidifient cette saison. Un cercle vertueux dynamique qui contrebalance avec l’inertie et la stérilité des saulaies.